Conseils pour écrire une nouvelle

Conseils pour écrire une nouvelle

La date butoir pour rendre votre nouvelle à L’Éveil Plumes approche à grands pas. Et peut-être n’avez-vous encore rien écrit… ? Pas de panique, c’est aussi (un peu) mon cas. Mais, contrairement à ce qu’exige la création de certains romans, écrire une nouvelle ne demande pas plusieurs années de travail, heureusement !

Comme je vous le disais, je ne suis pas beaucoup plus avancée, moi non plus. J’ai une idée pour répondre au sujet (Un si petit détail, pour rappel), mais le déroulement de mon récit n’est toujours pas fixé, j’en suis encore au stade où je laisse les idées décanter dans mon esprit, en attendant (espérant) qu’elles s’organiseront miraculeusement d’elles-mêmes – ça n’arrivera pas, mais j’ai envie d’y croire encore un peu.

Je ne sais pas si mon expérience peut vous être utile, mais puisque les objectifs de notre groupe d’écriture sont aussi l’entraide et l’émulation, je me suis dit que vous raconter mes précédents concours pourrait éclairer certains d’entre vous.

La première fois que j’ai participé au concours de l’Éveil Plumes, c’était en 2014, et le sujet était : 7 secondes, 7 minutes, 7 heures, 7 jours, 7 mois, 7 années, 7 siècles… Le temps d’une nouvelle… (La narration devra clairement mettre en valeur l’unité de temps choisie et la justifier).

Je n’ai pas immédiatement trouvé mon intrigue, et encore moins la chute. Mais j’ai très rapidement (et inexplicablement) eu envie de situer cette nouvelle dans un lieu particulier et dans un contexte spécifique : la musique et l’Australie.

Un bus, quatre musiciens, Sydney à l’aube, au retour d’une tournée de concerts de rock.

Je ne sais pas pourquoi, c’était comme ça, j’ai suivi mon flow, et alors mes personnages se sont mis à prendre vie assez naturellement dans mon esprit. Je visualisais très bien les décors et surtout, l’ambiance de cette nouvelle. C’est ainsi que, sans me poser de questions, je me suis mise à écrire. Le point de vue que j’ai adopté s’est imposé spontanément, on allait suivre ces quatre garçons à travers le regard du bassiste, et non à travers celui du chanteur, leader charismatique qui attirait tous les regards. J’avais envie de fouiller ce que pouvait ressentir l’ami de l’ombre, celui qui, au fond de la scène, habité par son art, n’attire pas les projecteurs ni les regards.

J’ai raconté les liens qui unissait mes quatre personnages, les détails si particuliers d’une vie sur les routes, les rituels de musiciens, les habitudes concernant les repas, le sommeil, etc… Petit à petit, je dessinais des décors et des histoires passées. En faisant évoluer les personnages là-dedans, une femme a fini par apparaître, une groupie au sens noble, une mélomane, une fan de la première heure. Ce personnage a fini par cristalliser un certain nombre de nœuds narratifs, et alors, comme une révélation, l’idée de ma chute s’est imposée.

Bien sûr, j’avais des pages et des pages de texte, d’idées, des paragraphes bien rédigés, d’autres sous forme de listes, de mots épars… Il m’avait fallu beaucoup écrire pour saisir le noyau de mon histoire, tout au milieu.

À partir de là a commencé un travail de défrichage. Comme si j’avais hérité d’un vaste jardin sauvage, et qu’il avait fallu débroussailler ces pages pour en extraire la nouvelle. L’objectif final ? Cinq pages rythmées, des paragraphes articulés de manière cohérente, pas de superflu, et tout cela convergeant vers la chute, laquelle m’apparaissait désormais bien nette, bien claire pour moi.

Voilà comment la réécriture m’a permis de purger le texte, et d’en extraire un court récit compact filant vers la phrase finale.

Et, si j’analyse les nouvelles que j’ai écrites après celle-là, mes textes pour les concours 2015, 2016, et les autres, je réalise que c’est toujours ce même processus que j’ai – inconsciemment – suivi. Peut-être que si j’avais attendu d’avoir l’ensemble des éléments en main, intrigue, personnages et chute, je me serais découragée et n’aurais rien écrit ? Qui sait ?

Une chose est certaine, j’ai toujours préféré me lancer, quitte à écrire n’importe quoi, quitte à finir par jeter mes textes même, plutôt qu’attendre d’être sûre de moi et de mes idées. C’est toujours en les travaillant que je suis parvenue à leur donner une forme qui me satisfaisait.

Je vous l’ai déjà dit, à mes yeux l’écriture n’est que modelage et remodelage, s’apparentant à un travail de forgeron, d’orfèvre. L’écrivain est un artisan qui sans cesse pèse ses choix lexicaux, remanie ses phrases et toilette ses paragraphes.

***

À présent que je vous ai raconté ma vie, euh, je veux dire, mon expérience personnelle concernant le concours de nouvelles, voici quelques conseils qui vous aideront peut-être à rédiger votre nouvelle, sans stress et dans les temps :

  • Le rythme, le démarrage, la chute sont les trois éléments clés d’une nouvelle. Néanmoins, on peut tout à fait envisager une nouvelle sans chute, dans ce cas il faudra être intransigeant sur le style, le rythme et l’ambiance.
  • Afin de donner un rythme soutenu, enlevé, à votre texte, soyez concis. Déployez votre récit autour d’un seul événement.
  • Ne multipliez pas les personnages. De même, il n’est pas nécessaire de révéler une quantité de détails concernant leur passé, leur psychologie… Privilégiez une poignée d’éléments qui feront sens dans l’histoire. L’écriture doit être concise, le récit, dynamique. Purgez, toilettez, nettoyez, passez votre texte au peigne du superflu.
  • La nouvelle s’écrit dans le champ de l’intensité. N’oubliez pas que le lecteur lira probablement votre nouvelle d’une traite. Contrairement à la lecture d’un roman, longue et diluée, récit-fleuve qui nécessite des rappels et autorise des digressions, votre nouvelle va être reçue en un seul morceau, engloutie en une part, il faut donc qu’elle soit digeste et efficace.
  • La nouvelle joue sur l’attente et la surprise, elle donne dans le rebondissement et la chute. N’hésitez pas à maintenir votre lecteur dans une vérité fictive tout au long de votre récit, avant de lui révéler le pot aux roses. Entretenez le suspense. Mystifiez votre lecteur avant de le faire brutalement basculer de l’autre côté du miroir.
  • … et la fin ouverte, alors ? Elle est possible aussi. La chute n’est pas indispensable à la nouvelle, bien qu’elle la caractérise le plus souvent. Il existe de nombreuses nouvelles qui se terminent par des points de suspension, un flou artistique, un mystère qui laissera le lecteur se faire sa propre idée de la suite. Ce choix doit permettre plusieurs hypothèses de résolution de l’intrigue, afin que le lecteur choisisse sa fin, en se faisant sa propre interprétation.
  • Commencer immédiatement par une action choc est un bon démarrage. C’est accrocheur, intrigant et vif, cela permet d’entrer rapidement dans le texte. Vous pouvez sans problème ouvrir votre nouvelle par l’action/rebondissement, comme par exemple la découverte d’un cadavre, l’annonce d’une mauvaise nouvelle, la perte d’un objet important/de valeur, la disparition de quelqu’un, une séparation, un accident de voiture, etc… Le lecteur est alors immédiatement plongé dans l’histoire, et intrigué par ce qui va se passer ensuite.
  • L’ellipse et la suggestion sont des outils formidables pour écrire une nouvelle. N’en dites pas trop. Suggérez. Donnez à voir de fugaces images morcelées. C’est au lecteur de reconstituer le puzzle. Quel plaisir il ressentira, lorsque tous les éléments feront sens et révéleront la chute ou le dénouement.
  • Pour d’autres conseils, vous pouvez aussi lire le commentaire de Shervin ici, et le post de Brigitte (#14) sur le forum ici. Merci à eux d’alimenter notre réflexion autour de la création littéraire.

Cette liste n’est pas exhaustive mais j’espère qu’elle saura dépanner certains d’entre vous. Pour autant, sentez-vous libres de vous en écarter. Car, si les règles ont le mérite d’exister, c’est aussi pour ne pas être suivies, n’est-ce pas ? Et si je veux être tout à fait honnête avec vous, je dois aussi vous confier que, parmi les nouvelles que j’ai envoyées à L’Éveil-Plumes, certaines n’avaient ni rythme soutenu, ni dénouement surprenant… elles répondaient seulement à mon envie d’écrire telle ou telle petite histoire qui m’intéressait, et tant pis si ces histoires ne correspondaient pas aux critères de la nouvelle.

Alors surtout, n’oubliez pas une chose : le but du concours de nouvelles est avant tout de vous inciter à l’écriture plaisir. Si la théorie vous prend la tête, si votre nouvelle n’a pas de dénouement, si le sujet ne vous inspire pas, si vous êtres trop précis et multipliez les détails inutiles… CE N’EST PAS GRAVE ! Faites-vous plaisir. Écrivez avant tout pour VOUS. Ne laissez jamais les contraintes stylistiques brider votre créativité.

Cet article a 11 commentaires

  1. Shervin Gharabaghi

    Bonjour Sophie,
    Merci d’avoir pris le temps d’écrire ce long article au sujet de la manière d’écrire une nouvelle, de ton expérience dans ce domaine et, surtout, pour ton honnêteté ! Je pense que cela va bien nous aider. 🙂
    Je suis d’accord avec toi, on a trop souvent tendance à brider notre créativité par un tas de chose !
    Au fait, lorsque j’ai dit à une amie que je faisais partie d’un groupe d’écriture, elle m’a conseillé de lire “The Artist’s Way” de Julia Cameron. J’ai vu que ce livre existait en français sous le titre de “Libérez votre créativité – Un livre culte !” et l’ai commandé chez mon libraire. J’ai hâte de pouvoir le commencer ! 🙂
    A bientôt,
    Shervin

    1. Pauline MARTIN

      Bonsoir Shervin,
      Il y a 3 ans j’ai lu ce livre de Julia Cameron qui a changé beaucoup de choses pour moi. Je me suis libérée de nombreux blocages créatifs et pas seulement dans l’écriture. Depuis cette lecture, j’écris (pas tous les jours, mais au moins une fois par semaine) un journal personnel et ça m’aide énormément.
      Je le recommande vivement !

      Et merci à toi Sophie, comme je te l’ai dit, cet article m’a aidée à me lancer dans l’écriture de ma nouvelle pour le concours et j’ai pu construire mon récit plus facilement !

      1. Shervin Gharabaghi

        Pauline, tu me donnes encore plus envie de lire ce livre ! C’est super. 🙂
        Et, Sophie, je ne me suis pas encore lancé dans l’écriture de ma nouvelle, mais ton article m’a quand même aidé. Je commence à avoir enfin des idées !!! même si ce n’est pas encore très clair.

  2. cabane_admin

    Merci Shervin, et de rien 😉
    Je l’ai fait avec plaisir.
    Pour tout te dire, je pense que mon rapport à l’écriture a totalement changé le jour où j’ai envoyé ma première nouvelle au concours de l’EP. À partir de là, je ne pouvais plus me cacher, j’ai assumé que j’écrivais et que j’aimais bien ça, j’en ai parlé de plus en plus autour de moi, et par un effet boule de neige, j’ai de plus en plus écrit. Franchir ce cap là, celui d’écrire pour être lu par des inconnus, est effrayant certes, mais aussi déterminant. Je suis vraiment heureuse de vous voir, vous participants de l’atelier, sauter le pas avec tant de courage. Je suis fière de vous ah ah ^-^

    Je crois que j’ai le livre de Julia Cameron dans ma bibli, mais en VO, offert par une amie il y a longtemps. Il faut que je vérifie, peut-être que je confonds avec un titre similaire… Je serai curieuse d’avoir ton retour sur ce bouquin !! Merci d’en avoir parlé ici.

    1. Shervin Gharabaghi

      Je ne suis pas certain d’y arriver, mais je vais vraiment essayer… Oui, je pense que ce doit être vraiment libérateur. Merci encore pour ton soutien et ton dynamisme.

      1. Sophie

        Alors, Shervin, tu es parvenu à écrire ta nouvelle et à l’envoyer ? Ou alors vas-tu faire partie du jury de lecteurs ??

        1. Shervin Gharabaghi

          Haha, je te laisse le découvrir sur le Forum, Sophie. 😉

          1. cabane_admin

            J’ai vu ! C’est une super nouvelle ! Félicitations, tu as mené ce projet à bien, tu peux être fier !

  3. Shervin Gharabaghi

    Merci, Sophie. 🙂 Tu veux dire que tu as lu ma nouvelle et que tu l’as trouvée bien ??

    1. cabane_admin

      Oh je relis mon commentaire et m’aperçois du double sens de ma phrase ! Je voulais dire : oui j’ai lu que tu l’avais annoncé sur le forum ! Et j’ai dit : “c’est une super nouvelle” dans le sens où j’étais contente d’apprendre que tu avais sauté le pas d’envoyer ta nouvelle justement. Bonne nouvelle quoi ! Ah la polysémie…! 🙂

      1. Shervin Gharabaghi

        Ahhh, j’avais un instant cru que tu étais dans le secret des dieux. 😉 Oui, polysémie !! En tout cas, merci !

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