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La chronique littéraire de Pauline #5

Je n’aime pas, et vous ?

Chères plumes,

Pour être tout à fait honnête, j’ai beaucoup hésité avant de publier cette chronique. Dire qu’on a pas aimé un livre, alors que d’autres l’ont adoré, c’est à la fois une façon de partager ses impressions mais c’est aussi donner un autre point de vue à ceux qui l’ont apprécié et qui risquent de voir leur propre imaginaire déconstruit.

Avant que vous entamiez cette lecture, je voudrais vous préciser qu’il ne faut voir ici ni une critique contre ceux qui ont aimé ces livres, encore moins un jugement. Bien au contraire, le but de cette chronique est de provoquer  des réactions et de partager VOS émotions avec moi !

PS: Shervin, n’y voit aucune remarque presonnelle, j’ai écrit cette chronique avant de lire ton commentaire sur l’article précédent de Sophie. Je serais  ravie de pouvoir discuter avec toi de ce livre (je te laisse lire la chronique d’abord !) et j’aimerai vivement que tu partages avec nous ton ressentit sur le roman en question 😉.

Ce mois-ci, j’ai décidé de partager avec vous une chronique un peu spéciale. Plutôt que de partager mes coups de coeur, je voudrais vous parler de mes grandes déceptions littéraires, ces livres que j’ai détestés alors que tout le monde les a adorés.

Découvrez le top 3 de mes pires lectures…

La vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joel Dicker

Accrochez-vous parce que je ne vais pas être tendre. Je démarre avec ce qui, pour moi, est la plus belle imposture de la littérature de ces dix dernières années.

Tout le monde me parlait de ce livre. Je n’en pouvais plus « Oh ! tu n’as pas lu l’affaire Harry Quebert ? Mais non, c’est pas possible. Tu ne peux pas rater ça, toi qui adore la littérature il faut absolument que tu le lises ». J’ai tout entendu. Mais comme je suis un peu têtue (et que je déteste faire comme tout le monde), je n’ai lu que très tard la fameuse Vérité sur l’affaire Harry Quebert. Je me revois, enceinte jusqu’aux oreilles de mon fils, sortant de la sublime librairie du Tramway à Lyon avec mon livre de poche tout-beau-qui-sent-bon-l’imprimerie sous le bras, en route pour mon dernier cours de préparation à l’accouchement. Vingt minutes de métro, le temps d’entamer mon bouquin. A cette heure-ci le métro est presque vide, je pose mes dix-huit kilos de trop sur la banquette et je commence ma lecture. Arrivée à destination, quelques secondes à peine après avoir réussi à soulever mon corps pour sortir du wagon, une dame me tombe dessus, les yeux brillants et le sourire aux lèvres « Oh la la, vous allez adorer ce livre, c’est juste incroyable, vous allez voir ! ». Je reste scotchée. Je n’ai lu que les premiers chapitres et pour le moment , l’effet “waouh” n’est pas là. Mais bon, de retour chez moi je persiste en me disant que le meilleur reste sûrement à venir, que le suspens doit être si intense et le bouquet final si fort, que ça doit forcément tout déchirer.

Je me suis trainée pendant une semaine avec ce livre, pour tenter de parvenir à la dernière page en espérant de tout mon cœur qu’il allait enfin se passer un truc, en essayant de me convaincre que non, le meurtrier ne pouvait être ce pauvre mec que j’ai en tête depuis la page 3, que le personnage principal est forcément un autre, il va y avoir un rebondissement c’est sûr.

Bah non ! Résultat des courses : il ne se passe rien, la fille est morte, le mec est naze, le flic est nul. Je viens de me taper six fois la même histoire écrite (mal écrite) dans des versions différentes (ça sert à quoi ??? quel est le projet littéraire derrière tout ça ?) pour au final apprendre que mon intuition de la page 3 était la bonne. C’était bien lui le tueur.

Déception ultime. Je ne partage pas du tout l’enthousiasme général sur ce livre. Ma première réaction : qu’est-ce que tu as loupé ? qu’est-ce que tu n’as pas compris ? Je prends donc mon ordinateur et pars à la recherche du replay de La grande Librairie avec Joel Dicker, un génie soi-disant dont c’est le premier livre.

Deuxième déception. Ce jeune homme, qui a tout du gendre idéal est lisse, fade et sans saveur. Son discours est plat, il n’a rien à dire. Et pour couronner le tout, il est prétentieux à souhait.

Pour conclure. La vérité sur l’affaire Harry Quebert est la pire lecture que je me sois imposée de toute ma vie de lectrice. Il s’agit pour moi de la plus belle imposture de la littérature française, l’auteur lui-même ne sait pas parler de son texte. A croire qu’il est lui-même passé à côté…

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

La vérité sur l’affaire Harry Quebert m’ayant causé quelques soucis lors de nos réunions de famille, je décide d’être moins obtue, ou plutôt devrais-je dire plus diplomate, lorsque la grande période « En attendant Bojangles c’est trop bien ! C’est le meilleur livre de toute la vie » démarre.

Comme d’habitude, j’attends que le livre sorte en poche. Je me jette difficilement sur les best-sellers en grand format. Mais je n’ai pas le temps de dire ouf, que le format poche se glisse sous le sapin, une étiquette joliment écrite à mon nom. A peine ai-je déchiré le papier cadeau que ma sœur me saute dessus « Tu vas voir, c’est absolument génial. C’est tellement beau comme histoire, tellement touchant ». Avec ma sœur, on a beaucoup de points communs en littérature : on adore les grands classiques, les fresques d’Alexandre Dumas, Balzac, Maupassant… Je lui fais donc entièrement confiance et me lance dans ma lecture sans réserve.

Heureusement pour moi, le livre est assez court (pas comme Harry Quebert, au secours !). Une nuit de lecture et c’est plié. On se retrouve au petit déj le lendemain et j’ai le malheur de lancer le sujet : « Au fait, j’ai lu Bojangles hier soir ». Marie : « Alors c’était génial hein ! T’as pleuré à la fin ? ». Moi : « Heu, non j’ai trouvé ça assez moyen. L’histoire est belle mais j’ai trouvé ça très facile. J’ai eu l’impression d’avoir lu une vague inspiration de Boris Vian. Mais franchement je ne comprends pas trop un tel succès. »

Je me souviendrais toute ma vie du regard désespéré de ma sœur ce jour-là, comme une fracture entre nous. Un regard noir, sombre, plein d’éclairs comme dans les BD. Marie : « Mais non mais c’est pas possible, t’as rien compris au livre ou quoi ? ». Moi : « Bah écoute, si j’ai tout compris. J’ai trouvé ça bien mais pas top. C’est pas le roman du siècle, quoi. C’est une très jolie histoire, très touchante, mais désolé je le range dans le rayon de la littérature doudou-qui-fait-du-bien.”

Le sujet m’a poursuivi toute la semaine de vacances. Et quelques années après, l’objet surgit encore parfois lors de réunions de famille. Je vous laisse imaginer…

Le chardonneret, Donna Tartt

J’ai découvert Donna Tartt avec son célèbre premier roman Le maitre des illusions. Je devais avoir 16 ou 17 ans et j’ai dévoré le roman en quelques jours. J’ai tellement aimé ce livre que je l’ai lu deux fois d’affilé.

Je crois que je ne m’étais jamais autant prise de passion pour un livre, j’étais dedans, dans l’histoire avec les personnages. J’étais avec eux.

Elle n’a écrit que très peu de roman. Le deuxième, Le petit copain, a été aussi un grand moment de littérature très attendu.

Alors, quand son troisième roman, Le chardonneret est sorti en 2014, autant vous dire que j’étais super prête ! Je me souviens encore être sortie du boulot, en fonçant à la librairie du Tramway (oui encore) pour aller acheter le précieux roman tant attendu.

L’histoire à l’air dingue : un ado se retrouve orphelin après l’explosion d’un musée à New York, dont il fuit les décombres en emportant dans son blouson un tout petit tableau, Le chardonneret, joyau de la peinture flamande. New York, de l’art, l’histoire d’une vie. Tout y est. Je rentre chez moi, me jette sur mon canapé avec une bonne couverture et une grande tasse de thé. Le rêve absolu.

Arrivée à la page 180, je me rends compte que depuis le début je m’ennuie. Le personnage principal est inintéressant, l’histoire est lente et tourne en rond, je ne comprends pas le projet littéraire qui se cache derrière ce roman. Lassée, j’abandonne le livre à page 220. Je me dit que c’est pas le bon moment, que j’ai lu trop de livres ces derniers temps, que je ne suis pas objective. C’est quand même le prix Pulitzer !

Il y a quelques mois, en rangeant ma bibliothèque après mon ixième déménagement, je retrouve ce livre. Depuis quelques temps, j’ai du mal à lire, à me concentrer, je ne suis plus vraiment transportée, trop souvent déçue. Je décide de me lancer à nouveau avec Le chardonneret. Mais l’histoire ne me convainc pas. Je ne parviens pas à rentrer dans l’intrigue, le personnage ne me plait pas, le contexte est flou… Bref, je lâche l’affaire, très triste et pleine d’interrogations. Suis-je devenue trop difficile avec l’âge (oh ça va, je ne suis pas si vieille) ? La littérature contemporaine souffrirait-elle d’un mal inconnu qui me gâche le plaisir de la lecture ?

Voilà pour ces grands moments ratés de ma vie de lectrice. Comme je vous l’ai dit, n’y voyez aucun jugement ni aucune critique si vous même avez aimé ces livres.

Je vous invite à me donner vos avis personnels et me dire pourquoi vous les avez aimé, ou détesté. Et peut-être aurez-vous la réponse à ma principale question : pourquoi suis-je passée totalement à côté ?

A vous de me livrer vos impressions, réagissez  et commentez !

Pauline

Cet article a 5 commentaires

  1. Brigitte

    Je ne peut faire aucun commentaire, n’ayant lu aucun titre : aucune idée de ce qui m’a retenu à répondre à l’appel des sirènes?
    Mais Superbe idée de dire aussi “beurk”….EN PLUS c’est superbement bien écrit.

  2. Shervin Gharabaghi

    Bonjour Sophie,
    Haha, ta chronique m’a bien fait rire (surtout en ce qui concerne “La Vérité sur l’affaire Harry Quebert” !! Non, ne t’inquiète pas, je ne le prends absolument pas mal et ne me sens pas visé. :-)) Mais, le hasard fait quand même bien les choses (que j’aie posté ce commentaire juste avant que tu ne postes ta lettre). En revanche, j’espère que Joël Dicker ne lira jamais cette chronique au vitriol… 😉
    Alors, des trois livres dont tu parles, je n’ai lu qu’ “En attendant Bojangles”. Je n’ai jamais lu de Boris Vian non plus, donc je ne peux comparer. Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que ce roman soit “très facile” ; au contraire, je trouve qu’il traite d’un thème grave, la folie et ce qu’elle engendre au sein d’une famille, les déchirements qu’elle provoque, etc., tout en la nappant habilement de fraîcheur, de légèreté et de mille et une folies, les unes plus surréalistes que les autres. J’ai également beaucoup apprécié qu’il y ait deux points de vue : celui de l’enfant, un peu naïf au début, de plus en plus lucide et amer au fur et à mesure de l’intrigue, et auquel le point de vue du père vient apporter des explications, un éclairage nouveau. Ses personnages, très attachants, me hanteront longtemps. J’ai hâte d’en voir le film qui va sortir normalement cette année. Après, je suis d’accord, ce n’est pas le roman du siècle, même si je l’ai trouvé vraiment très beau et émouvant. Il faut le lire avec légèreté et surtout le voir comme une fête.
    Au fait, je suis, moi aussi, un grand fan d’Alexandre Dumas, Balzac, Maupassant et Zola. Alexandre Dumas et ses grandes fresques ont bercé toute mon adolescence. On pourra en discuter plus tard avec grand plaisir !

    1. cabane_admin

      Bonsoir Shervin,
      je viens de relever : ce n’est pas moi qui ai écrit cette chronique, mais Pauline 😉 Je n’ai pas lu Bojangles, pas encore !
      Merci pour ton commentaire riche et propre à nourrir notre réflexion, c’est passionnant de lire ton retour, comme toujours.
      (Ici, grosse fan de Dumas aussi !)

      1. Shervin Gharabaghi

        Bonsoir Sophie,
        Oh là là, j’étais vraiment au bout du rouleau !!! je voulais dire Pauline, en plus !! je ne sais pas pourquoi j’avais écrit Sophie. 😉
        Bon, je t’encourage quand même à le lire et à nous donner ton avis. Merci pour ces gentils mots. Haha, on devrait créer un fan club Alexandre Dumas.
        Et, sinon, je n’ai pas lu “Une bête au paradis”, ni aucun autre roman de Cécile Coulon…

  3. cabane_admin

    Pauline, je n’ai lu que Harry Quebert et tu connais mon avis 😉
    Pour ma part, si je devais allonger cette liste de “j’aime pas”, j’ajouterai, comme de bien entendu, Une bête au paradis de Cécile Coulon, roman qui m’a fait pousser des cris d’indignation, d’incompréhension et de sidération tout au long de ma lecture. Oui, tout ça ! J’ai déjà donné les raisons de ce rejet mais je serais curieuse de savoir si d’autres plumes ou lecteurs du blog ont lu ce roman et eu un avis différent…

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