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Séance 8 – Le style littéraire

Les trois dernières séances de cette année s’articuleront autour d’un même objectif : retravailler son texte, améliorer son style, aller vers une écriture plus fluide et performante.

L’atelier 8 nous a permis d’aborder l’écriture poétique, le prochain atelier (juin) nous aidera à alléger nos textes pour les rendre plus fluides et plus efficaces, enfin le dernier atelier (juillet) sera consacré à mettre en pratique tout ce que nous avons appris, en s’essayant à la réécriture – élément essentiel, primordial même, du processus de création littéraire.

Qu’est-ce que le style ?

C’est une voix singulière. La trace d’une certaine perception du monde. Le style, c’est ce qui va faire de vous un écrivain et non une simple personne qui écrit.

Nous parlerons aujourd’hui du « style poétique » d’un texte. Non pas parce-que nous allons écrire de la poésie, mais parce que nous allons nous intéresser à l’aspect poétique de l’écriture, à savoir : une écriture qui privilégie l’expressivité de la forme, les mots disant plus qu’eux-mêmes par leur choix (sens et sonorités) et leur agencement (rythmes, métrique, figures de style). Le style poétique va distinguer un texte lambda, basique, d’un texte littéraire. C’est là que va se jouer la nuance entre l’expression et l’écriture.

Le style poétique s’appuie notamment sur l’utilisation d’images littéraires, ou d’images poétiques.

Définition de « l’image littéraire », sur Wikipédia :

L’image littéraire (c’est à dire l’écriture poétique) permet d’exprimer une idée neuve, plus précise ou plus originale, que celle produite ou représentée par les mots utilisés, en se référant à la scène que pourrait évoquer, pour l’auditeur, l’association de ces mots nous apparaissant auparavant sous un, ou plusieurs, significations déjà définies par le sens commun.

Pour le philosophe Bachelard : ” l’image littéraire est un sens à l’état naissant, (elle) signifie autre chose et fait rêver autrement “.

Un peu de pratique, grâce à des exemples équivoques

J’aimerais vous donner quelques exemples, afin de vous montrer à quel point un style imagé peut être efficace et percutant.

Voici donc des extraits que je trouve particulièrement poétiques, expressifs. En regard, j’ai inventé leur version pauvre, plate, sans style, afin de souligner la différence un texte littéraire et un texte lambda.

Le style de cette phrase véhicule les idées sans que celles-ci ne soient explicitement dites :

le manteau chaud évoque la chaleur rassurante qui envelopperait son corps,

la dune est un vestige de son passé, de son enfance au bord de l’océan,

la pluie battante de minuit et la lumière des sémaphores sont, selon moi, des éléments qui signifieraient qu’alors, la vie était plus simple et ses plaisirs étaient infimes

Avant, elle se serait contentée de sortir en pleine nuit sous la pluie pour avoir l’impression de vivre quelque chose d’exaltant. Avant, le simple fait d’admirer la lumière des sémaphores aurait été une aventure en soi. Dans le quotidien simple et dépouillé de son enfance, elle se contentait de menus plaisirs qui la comblaient. Elle regrette cette faculté qu’elle a pu avoir auparavant, et qu’elle a perdue, alors qu’aujourd’hui elle semble perpétuellement en recherche de quelque chose de plus : de plus fort, de plus intense, de plus exaltant.

En une simple phrase sont exprimés le regret de la simplicité perdue, et le rejet de l’insatisfaction perpétuelle. Tout cela transparaît à travers ces quelques mots bien choisis, et les idées précises que chaque expression évoque.

Dans le premier texte, la voix de l’auteur est présente. L’utilisation des mots « persiennes, dessinaient, courants marins, poudroiements de rêve, dénuement, singulière beauté » participe de la poésie de la langue, et créé dans l’esprit du lecteur des images.

L’écriture poétique permet au lecteur de prendre de la distance par rapport aux mots pour entrer dans un monde d’images. C’est plus riche, l’expérience de lecture est plus intense, plus puissante.

Dans cette simple phrase, le style poétique sert la description du personnage. On passe d’une phrase descriptive banale (texte lambda) à l’émergence d’images très concrètes : les cailloux, le tamis, les grumeaux, une boue liquide…

Ces différents exemples mettent en exergue la puissance du style littéraire, et la faiblesse de l’absence de style.

Comment créer des images poétiques ?

Prenons un autre exemple, écrit par Franck Bouysse cette fois (Vagabond). Il évoque un personnage secondaire, Mitch, qui est tenancier de bar. En une phrase, il convoque le lieu où se passe la scène, la tonalité de son roman, grave mais avec un brin de malice :

Bouteille de Bourgogne = vin = tenancier de bar. Muscles noueux, racines…

C’est une métaphore diablement efficace, qui créé immédiatement une image dans notre esprit de lecteur, non ?

Un autre exemple du même auteur, dans le roman Grossir le ciel, cette fois, où le personnage principal, Gus, est un paysan qui mène une vie assez rude, voire monacale :

Dans cette image littéraire, on retrouve le champ lexical du labeur, du travail à la ferme, de la vie agricole…

Un dernier exemple destiné à vous démontrer l’importance de s’appuyer sur le lieu, l’atmosphère de votre récit, pour créer des images poétiques riches et pertinentes :

Il s’agit du magnifique roman Le chant d’Achille (Madeline Miller), conseillé par Pauline, un livre que j’ai adoré et qui m’a beaucoup marquée. Le passage en question parle de Thétis qui, dans la mythologie grecque, est une nymphe marine et mère du héros Achille.

Thétis est une divinité de la mer, on lui a donc attribuée cette comparaison qui évoque deux lacs noirs en guise d’yeux.

La deuxième image poétique a pour objectif d’évoquer la tétanie de Thétis après qu’elle ait été violée par son mari.

Le ton de ces deux images est définitivement grave, tout comme l’est la tonalité entière du roman. Et ces deux images s’ancrent dans le champ lexical de l’eau, monde auquel appartient le personnage concerné.

Les images permettent d’ajouter une dimension supplémentaire aux mots, elles évoquent des odeurs, des reflets, des sensations tactiles… et enrichissent le récit. Elles vont dire PLUS que les mots.

Lorsqu’on écrit un premier jet, on n’est pas toujours inspiré pour les grandes et belles métaphores, allégories. C’est pourquoi la réécriture est le moment idéal pour se pencher concrètement sur l’aspect poétique du texte, pour relever des phrases un peu plates, des idées mal exprimées, et chercher à les transcender grâce à l’écriture poétique, grâce à des images littéraires travaillées.

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