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L’écriture théâtrale

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Pour cet avant-dernier atelier de la saison 2, j’ai choisi de vous surprendre et de sortir notre groupe de sa zone de confort. L’écriture théâtrale, personne au sein de La cabane ne s’y était vraiment intéressé jusqu’alors (tout du moins, pas lors de nos séances en groupe). Aujourd’hui, nous avons abandonné le roman, la nouvelle, la fiction, pour nous plonger dans ce tout autre registre, ce qui nous a demandé d’oublier presque tout ce que nous savions, pour réapprendre une nouvelle forme d’écriture tout à fait différente. Terminé les descriptions, la langue littéraire… dans le théâtre, tout repose sur les dialogues et le rythme des échanges entre les comédiens/personnages.

Pour cet atelier un peu spécial, nous avions une invitée tout aussi spéciale : Johanna Piola, professeure de théâtre à Anse. En coanimant cette séance, elle nous a apporté toutes les connaissances et anecdotes de cet univers qui la passionne.

Écrire pour le théâtre, c’est penser dès l’origine que le texte n’est qu’une étape, la première d’un spectacle à venir. C’est un matériau dont une équipe artistique (metteur en scène, comédiens, scénographe, costumier, créateur lumière, créateur son…) va s’emparer pour lui donner vie sur un plateau. La pièce de théâtre est par excellence LE texte qu’on partage, plus que tout autre.

Selon Johanna, on trouve 3 types de textes de théâtre actuellement joués au théâtre :

-> Les adaptations : à la base un roman, une bande dessinée, des « montages de textes » (extraits de diverses pièces compilées entre eux)

-> Des réécritures : un texte « remis au gout du jour », soit par les mots (remplacer argent par téléphone) soit par la mise en scène, les costumes…

-> Des textes joués tels qu’ils sont écrits.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles il existe cette diversité : la première raison est que les bons textes de théâtre ne courent pas les rues. Dans le théâtre, historiquement, on peut distinguer un avant et un après le cinéma. Le cinéma est bien plus puissant que le théâtre (sensoriellement parlant). Au théâtre, nous n’avons pas la possibilité d’alterner gros plans et plans larges, de montrer des paysages magnifiques et les effets spéciaux sont limités. Alors si autrefois, le théâtre était un très bon moyen de raconter des histoires ou d’expliquer quelque chose, ce n’est plus le média le plus adapté : le cinéma, et la télévision sont plus efficaces, plus spectaculaires, plus captivants et plus facilement diffusables au plus grand nombre. Mais ce qui aurait pu tuer le théâtre, lui a au contraire permis de se réinventer : il faut oublier les codes d’autrefois. La première règle est qu’il n’y a pas de règle. Tout s’intègre au théâtre (et même le cinéma et la télévision).

Lorsqu’on souhaite écrire du théâtre, il est important de…

Bien choisir son registre Va-t-on écrire une comédie, ou une tragédie?

Ne pas multiplier les lieux On ne peut, quand même pas, passer plus de temps à changer les décors qu’à jouer la pièce. Pendant la période classique, par exemple, le décor d’une tragédie reproduisait une salle d’un palais et celui d’une comédie celui d’un salon bourgeois. Ce qui présente l’immense avantage de ne pas disperser l’attention des spectateurs.

Équilibrer correctement les phases de l’intrigue En général, une pièce se déroule en trois phases : une phase d’exposition, une phase de péripéties et une phase de dénouement.

Il n’est pas nécessaire de tout montrer C’est la fameuse règle de la bienséance, ce n’est pas forcément une question de morale… Un récit parle plus à l’imagination des spectateurs qu’une scène brute. On conseillait d’éviter les scènes crues de violence ou d’intimité. Il vaut mieux raconter que montrer, contrairement à l’adage propre à l’écriture de roman, qui dit « show, don’t tell ».

Johanna nuance toutes ses règles.. Ses astuces à elle :

–  Ne pas chercher à résoudre les problèmes des autres : si vous avez envie d’écrire une histoire où les personnages changent en permanence de lieu ? ce n’est pas un problème : c’est le metteur en scène qui trouvera sa solution s’il a envie de jouer votre texte

–  Éviter quand même de faire durer une scène où les acteurs sont contraints dans leurs mouvements trop longtemps (ex dans une fusée où on a pas le droit de bouger) (quoique, cela pourrait être un défi)

–  Construire des personnages depuis leur physique, leur caractère, leur humeur, leur objectifs et leurs liens entre eux. Mais ça c’est pour vous.

–  L’histoire se passe ici et maintenant : pas de cours d’histoire déguisé, limiter les rappels à une situation antérieure que les personnage auraient connus mais pas le public et dont il faudrait le mettre au courant. Exemple : « Et bien, mon cher Sisyphe continuez de pousser votre rocher ! »
« Oh mais je n’y arriverai jamais : c’est Jupiter qui m’a condamné à pousser ce rocher car j’avais donné le feu aux hommes. Et dès que j’arrive en haut de la colline, il retombe en bas ».
Ce n’est pas interdit, cela sera du théâtre mais les spectateurs auront, un peu, l’impression d’être à l’école

De même , on évite les description du type « Asseyez-vous dans ce fauteuil en velours bordeaux »

On cherche à faire de chaque phrase un bonbon. Les phrases seront dites à voix hautes, plus elles seront belles à écouter, plus la pièce sera de qualité. Vous pouvez écrire en alexandrin, mais aussi juste penser, à ce qui est pour moi indispensable au théâtre : le rythme

Le théâtre c’est avant tout des dialogues, UNIQUEMENT des dialogues : et dans la vraie vie, on digresse, on se coupe la parole, on est interrompu, surpris, dérangé : il est très rare que l’on puisse mener une conversation à son terme. Au théâtre, c’est pareil !

Enfin, ce qui m’intéresse moi au théâtre, ce n’est pas forcément l’extraordinaire mais au contraire l’ordinaire : quand on y voit le reflet de ce qu’on est (et que ça tombe juste) → à l’encontre de l’idée de catharsis du théâtre antique ^-^

Voici en résumé, ce que notre masterclass de ce matin nous a permis de développer.

En conclusion de cet atelier, Johanna a partagé avec les participants une petite sélection bibliographie :

  • Théâtre sans animaux, de Ribes
  • Un air de famille.
  • Love letters (un coup de coeur ^-^)

Encore merci à elle d’avoir accepté de nous apporter son savoir et sa bonne humeur <3


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