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L’art du dialogue : un exemple au cinéma

Bonjour à toutes et tous,

Samedi soir, peu après notre atelier sur l’art d’écrire un bon dialogue, j’ai regardé un film qui a fait écho à notre séance : Juste la fin du monde, de Xavier Dolan.

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J’ai eu l’impression que regarder ce film en particulier, justement le jour où l’on a abordé l’écriture du dialogue dans une histoire de fiction, était plus qu’une coïncidence : en effet, le film n’est presque qu’une suite de dialogues entre divers binômes de personnages (ou plus), et on saisit parfaitement toute l’importance, toute la pertinence, toute la virtuosité que de bons dialogues apportent à un récit.

Louis, trente-quatre ans, est à l’aube de sa mort. Il a peur, mais il a décidé : il retournera voir sa famille. Après un très long silence ponctué de cartes postales, “petites lettres elliptiques”, il parlera. Lors d’une ultime visite, il annoncera sa mort prochaine à sa mère, à sa petite sœur Suzanne, et à son frère Antoine. A la discrète Catherine, la femme de celui-ci, il parlera aussi. Mais le retour inespéré du fils aîné dans “la maison de la mère” ranime d’anciennes querelles et de vieux fantômes de famille. Les mots s’empêtrent et les malentendus s’accumulent sous l’œil de la mère, car à la ville, “vous vivez d’une drôle de manière”, dit-elle. Digressions, arrêts brusques, redites, la parole est en errance. Chacun tente de rattraper le temps perdu. Expression maladroite de la solitude, du doute, du manque, de l’envie, et de l’amour dissimulé sous un voile de rancœur.

France culture

Bien sûr, l’un des thèmes du film étant la difficulté à communiquer et la réalisation étant destinée à souligner l’incompréhension entre les membres d’une même famille, il était primordial que l’intrigue repose sur les dialogues : on saisit parfaitement ce qui se joue en sous-texte lorsque les personnages se parlent sans se comprendre. Et puis, surtout, on peut admirer comme chaque personnage a sa propre façon de s’exprimer, extrêmement caractéristique de sa personnalité : Catherine qui bégaie et s’excuse et cherche constamment ses mots ; Antoine qui crie et s’emporte et ne veut pas écouter son frère ; Louis qui se tait, commence des phrases mais se fait systématiquement couper la parole comme si chacun cherchait à finir sa pensée ou la discussion à sa place ; Suzanne qui fait les questions et les réponses, se met à la place de son interlocuteur pour anticiper ce qu’il va lui objecter ou penser d’elle, et interprète chaque faits et gestes du frère prodigue…

Tout au long du film, je n’ai pas pu m’empêcher de l’analyser à l’aune de l’atelier que je vous avais proposé quelques heures auparavant, c’était à la fois amusant et passionnant !
Je ne sais pas si vous connaissez ce film, je ne vous dis pas de filer le regarder (mon avis final étant assez mitigé) mais, si vous êtes curieux de constater par vous-même les remarques émises dans cet article, sachez qu’il est actuellement disponible sur Netflix.

NB : Juste la fin du monde est, à l’origine, une pièce de théâtre écrite par Jean-Luc Lagarce. Xavier Dolan l’a adapté au cinéma en 2016. La même année, le film remporte le Grand prix et le prix du jury œcuménique au Festival de Cannes, puis, en 2017, il obtient trois César : meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleur montage.

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